top of page

Transformer les retours en ressources : comment les infrastructures de réemploi peuvent réduire les impacts climatiques et révolutionner le secteur du commerce de détail grâce à la collaboration

  • 4 days ago
  • 8 min read

Soumission communautaire par Sadaf Taimur, directrice des partenariats stratégiques au Centre for Building Sustainable Value (BSV) de l’Ivey Business School



Les enjeux de circularité émergent à l’échelle mondiale, car nos modèles actuels de production et de consommation sont fondamentalement défaillants. Ils privilégient des systèmes linéaires de type « extraire-produire-jeter » plutôt que la durabilité. Par exemple, la grande majorité des matériaux entrant dans l’économie sont vierges, tandis que la part des matériaux secondaires a diminué de manière constante — passant de 9,1 % en 2018 à seulement 7,2 % en 2023 — ce qui aggrave la crise mondiale des déchets. Dans des pays comme le Ghana, par exemple, les déchets électroniques provenant de pays industrialisés remplissent les sites d’enfouissement, créant des décharges toxiques où des jeunes récupèrent des métaux au milieu de fumées nocives. L’industrie de la mode constitue un autre exemple frappant : 87 % des textiles sont incinérés ou envoyés en décharge chaque année — représentant 7 % de l’espace mondial d’enfouissement — alors que moins de 1 % sont recyclés en nouveaux vêtements.


Transition vers des systèmes circulaires


La poursuite incessante de la croissance économique a entraîné une surproduction, un épuisement des ressources et une génération excessive de déchets, poussant les écosystèmes vers un point de rupture. Passer d’un modèle « extraire-produire-jeter » à des systèmes circulaires ne sera pas simple : cela exige des efforts importants et des changements à de multiples niveaux, impliquant l’ensemble des parties prenantes. Cette transition nécessite un changement de paradigme, car on ne peut pas résoudre les problèmes avec la même manière de penser qui les a créés. Toutefois, une transformation ne signifie pas toujours des réformes massives et longues à mettre en œuvre. Elle peut aussi passer par des actions immédiates, même petites, car l’urgence est réelle et ne peut être ignorée. Surtout, ces efforts doivent être collaboratifs. En mobilisant nos forces collectives et en construisant un écosystème de changement, nous pouvons progresser — personne ne peut y arriver seul·e, surtout si l’action est urgente.


Une économie véritablement circulaire doit prioriser l’allongement de la durée de vie des produits, en commençant par des lois sur le droit à la réparation et des pratiques de production éthiques. Les lois sur le droit à la réparation permettent aux consommateur·rices de maintenir et prolonger l’usage de leurs produits, réduisant ainsi la demande pour de nouveaux biens. Au Canada, le mouvement du droit à la réparation cible actuellement des produits comme les téléphones intelligents, les ordinateurs, les appareils ménagers et les équipements agricoles. Bien qu’il ne soit pas encore entièrement légiféré, il vise à favoriser la circularité en prolongeant la durée de vie des biens et en permettant leur réparation plutôt que leur mise au rebut. Par ailleurs, la production éthique garantit que les biens sont fabriqués de manière responsable, avec des salaires équitables, des conditions de travail sécuritaires et une utilisation durable des ressources. Sans ces mesures, la circularité risque de devenir une façade reproduisant les mêmes systèmes d’exploitation que les économies linéaires.


Mais qu’en est-il des produits déjà en circulation ?


Même si nous arrêtions de produire de nouveaux biens aujourd’hui, il faudrait encore gérer ceux qui existent déjà afin de construire de véritables systèmes circulaires. Par exemple, il existe suffisamment de vêtements pour habiller les six prochaines générations humaines. Cela met en évidence l’importance de s’attaquer aux défaillances de circularité dans les chaînes d’approvisionnement en aval — notamment la manière dont les détaillant·es gèrent les retours et les produits repris. Ces retours représentent non seulement des défis logistiques et financiers, mais aussi un impact environnemental majeur. Aux États-Unis seulement, environ 8,4 milliards de livres de produits retournés finissent chaque année dans des sites d’enfouissement, contribuant aux émissions de gaz à effet de serre et à l’épuisement des ressources naturelles. Pourtant, derrière ce défi se cache une opportunité de redéfinir les déchets comme une ressource et de générer des retombées environnementales, sociales et économiques positives. En intégrant la logistique inverse aux infrastructures de friperie, le secteur du commerce de détail peut faire un pas important vers un avenir durable.


Comprendre la logistique inverse : potentiel et limites


L’ampleur des déchets générés par le commerce de détail est considérable. La National Retail Federation estime que les détaillant·es ont perdu environ 743 milliards de dollars en 2023 à cause des retours, soit 14,5 % des ventes totales. Bien que la logistique inverse — le processus de retour des produits des consommateur·rices vers les détaillant·es ou fabricant·es — soit souvent présentée comme une solution de récupération de valeur, elle ne répond pas toujours aux objectifs de durabilité. Le transport, l’entreposage et la manipulation des produits retournés génèrent des émissions excessives et des inefficacités, entraînant des impacts environnementaux, sociaux et économiques importants.


Par conséquent, certain·es détaillant·es choisissent d’envoyer directement les retours en décharge plutôt que de les revendre, car cela revient parfois moins cher. Une étude de ReverseLogix (2022) révèle que 80 % des détaillant·es font face à des coûts de retour « significatifs à sévères », liés aux besoins en entrepôts et équipements (taux de retour de 10 à 30 %), aux coûts de transport des retours « gratuits », ainsi qu’à la main-d’œuvre pour le traitement et le service client. Ces retours contribuent également à une accumulation massive de déchets, avec des milliards de livres de produits envoyés en décharge chaque année.


Les infrastructures de friperie comme solution à la circularité


Malgré ses défis, la logistique inverse recèle un potentiel important lorsqu’elle est combinée à des infrastructures de friperie. Traditionnellement critiquée pour son inefficacité, elle peut devenir un levier puissant de durabilité en redirigeant les produits retournés ou invendus vers des friperies ou des plateformes de revente, plutôt que vers des entrepôts ou fabricants. Ce changement permet de réduire les émissions liées au transport, de prolonger la durée de vie des produits et de soutenir une économie plus circulaire.


Le marché des biens de seconde main — évalué à environ 405,5 milliards de dollars en 2023 — montre qu’il a dépassé son statut initial de marché réservé aux personnes à revenu limité. Il devrait atteindre 1,3 billion de dollars d’ici 2031, avec un taux de croissance annuel composé de 13,6 %, selon un rapport de Transparency Market Research. Ce marché est diversifié et couvre des catégories allant des vêtements aux meubles, en passant par l’électronique et les véhicules. Porté par les préoccupations environnementales croissantes, la sensibilisation aux objectifs de carboneutralité et la pression politique pour réduire les déchets, ce secteur est en pleine expansion — 90 % des personnes au Canada consomment des articles de friperie. Les produits vintage, usagés et rétro connaissent également une popularité croissante.


Ainsi, les infrastructures de friperie peuvent jouer un rôle essentiel dans la réduction des déchets du commerce de détail, y compris les retours et les stocks invendus. En revendant ces articles, elles prolongent leur durée de vie, détournent les déchets des sites d’enfouissement, réduisent la demande en matières premières et diminuent les émissions liées à la production de nouveaux biens. De plus, les organisations de friperie réinvestissent souvent leurs revenus dans des programmes d’impact social, comme la formation professionnelle, les services d’emploi et le développement communautaire. Ce modèle à double objectif crée une valeur partagée pour la société tout en répondant aux enjeux climatiques urgents.


Les détaillant·es au Canada, par exemple, ne sont pas encore légalement tenu·es de gérer les retours (sauf en cas de défaut) ni de produire des rapports ESG complets. Toutefois, plusieurs adoptent déjà des solutions qui renforcent leur réputation auprès des consommateur·rices et des parties prenantes. Par exemple, le programme national de recyclage de sacs réutilisables de Walmart Canada illustre cette tendance. Les détaillant·es peuvent collaborer avec les infrastructures de friperie pour optimiser les réseaux logistiques partagés. En réduisant les déplacements, en utilisant les infrastructures communautaires existantes pour l’entreposage et le tri, et en tirant parti de l’expertise des systèmes de friperie, il est possible de réduire les émissions liées au transport, à l’énergie et au traitement des produits.


Considérations sur les pratiques éthiques


Bien qu’il soit essentiel de considérer les infrastructures de friperie comme un levier de durabilité, il est tout aussi important de reconnaître certaines dérives au sein du secteur. Certaines grandes entreprises de friperie privilégient le profit au détriment de la durabilité et de l’impact communautaire, et sont critiquées pour la sous-rémunération du personnel, la hausse des prix et le manque de responsabilité environnementale. De plus, l’efficacité de ces infrastructures est limitée par le volume considérable de déchets qu’elles doivent gérer. Tous les articles donnés ne peuvent pas être revendus, et certains sont exportés vers des pays du Sud global ou envoyés dans des sites d’enfouissement locaux.


Cette tendance à exporter des biens vers des pays en développement, initialement motivée par la volonté de soutenir l’emploi local et de rendre les produits plus accessibles, contribue aujourd’hui à une crise croissante des déchets. Bien que certaines infrastructures explorent des solutions de recyclage et d’innovation pour les articles invendables, la durabilité environnementale demeure un domaine relativement récent et en évolution. Il faudra donc du temps et une collaboration entre toutes les parties prenantes pour transformer ces systèmes de manière efficace. Cela souligne la nécessité de développer des cadres stratégiques concrets pour la collaboration entre friperies et détaillant·es, afin de gérer les déchets (retours et surplus), tout en assurant plus de transparence, d’efficacité et de responsabilité.


S’inspirer du cas de Trashie pour développer un cadre gagnant-gagnant de collaboration entre friperies et détaillant·es


Il est possible de tirer des leçons de plusieurs exemples du marché pour concevoir des stratégies mutuellement bénéfiques. Par exemple, le cas de Trashie montre comment la logistique et l’engagement des consommateur·rices peuvent s’aligner pour gérer les retours de manière durable. En s’appuyant sur ces apprentissages, un cadre stratégique de collaboration entre infrastructures de friperie et détaillant·es peut être développé pour gérer les retours de manière efficace et durable.


L’approche de Trashie repose sur l’achat par les client·es de « Take Back Bags » permettant de recycler des vêtements et autres articles inutilisés, en échange de bons d’achat. Les détaillant·es et infrastructures de friperie pourraient également concevoir des systèmes logistiques facilitant les retours, favorisant la réutilisation et réduisant les déchets.


En créant des « take-back bags » abordables et collaboratives (par exemple 10 $), avec des consignes claires sur les articles acceptés, les client·es pourraient les acheter en magasin. Ces sacs, avec envoi prépayé, permettraient de retourner les articles vers des infrastructures de friperie désignées. Une fois reçus, les articles seraient triés, évalués, recyclés ou réutilisés par les infrastructures, et les détaillant·es seraient informé·es. Après confirmation, une récompense équivalente en argent ou en points de fidélité pourrait être remise aux client·es dans le magasin.


Cette collaboration permettrait aux infrastructures de friperie de traiter les retours à grande échelle, d’améliorer la réputation des marques et de favoriser l’économie circulaire. Le modèle pourrait également inclure des accords de partage de revenus pour les articles revendus. Enfin, un système numérique collaboratif pourrait être mis en place pour suivre les sacs et leurs transactions, assurant une transparence et une efficacité accrues.


Cet article explore un aspect du problème : la nécessité de repenser la manière dont nous utilisons et gérons les produits déjà en circulation dans nos systèmes. De la gestion des déchets et des retours dans le secteur du commerce de détail à l’adoption de pratiques de production éthiques, chaque étape vers la circularité est essentielle. L’intégration des infrastructures de friperie et de la logistique inverse offre une solution prometteuse, transformant ce qui était autrefois considéré comme des déchets en ressources précieuses.


Cependant, la transition vers une économie circulaire repose sur la collaboration, l’innovation et un engagement envers des pratiques responsables dans tous les secteurs — ainsi que sur une réduction de la production et de la consommation. Le moment d’agir est maintenant, et en adoptant ces changements, nous pouvons progresser de manière significative vers un avenir durable.


 
 
 

Comments


  • Instagram
  • Facebook
  • LinkedIn
  • Youtube
  • Bluesky

The Climate Reality Project Canada’s office is located on land which has long served as a site of meeting and exchange amongst Indigenous peoples, including the Haudenosaunee and Anishinabeg Nations. Our organization honours, recognizes and respects these Nations as the traditional stewards of the lands and waters on which we are today.

bottom of page