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Les feux de forêt, l’écoanxiété et le chemin vers l’action climatique

  • 4 hours ago
  • 5 min read

Par Ehsia Thanda, stagiaire coordonnatrice des carrefours climatiques communautaires


Pendant la majeure partie de mon adolescence, le simple fait de me soucier du climat me semblait suffisant. Je signais des pétitions, j’évitais de manger de la viande, je participais à des manifestations pour le climat et je faisais confiance aux adultes au pouvoir pour finir par agir selon ce que la science exigeait. Ce que je ne comprenais pas encore, c’était la différence entre se préoccuper du climat à distance et être véritablement confronté·e à une catastrophe climatique.


Au plus fort de l’été 2021, cette compréhension a radicalement changé. Lors d’un voyage dans l’intérieur de la Colombie-Britannique, la province était ravagée par de nombreux feux de forêt alimentés par les changements climatiques. J’ai été confronté·e à cette réalité dévastatrice lorsque des flammes ont englouti des sections entières de l’autoroute Coquihalla. Cette expérience — que je n’aurais jamais imaginé vivre autrement qu’à travers un écran — m’a forcé·e à reconnaître l’urgence de la crise climatique et la responsabilité collective que nous devons assumer face à nos actions.


Comprendre les conséquences de la cupidité des entreprises dans la crise climatique, ainsi que la façon dont de nombreuses grandes entreprises (notamment dans les secteurs de l’exploitation forestière, de l’extraction minière et pétrolière) aggravent des catastrophes comme les feux de forêt en Colombie-Britannique, est essentiel pour identifier les principaux responsables de la crise climatique et les mesures concrètes à prendre. La combustion des combustibles fossiles entraîne des conditions plus chaudes et plus sèches en libérant des gaz à effet de serre qui augmentent la fréquence et l’intensité des feux de forêt. Environ 79 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent de la production et de l’utilisation du charbon, du pétrole et du gaz, contribuant ainsi à des conditions météorologiques plus propices aux incendies extrêmes.


L’exploitation minière et l’extraction des ressources détruisent la biodiversité et laissent derrière elles des catastrophes environnementales, comme celle du mont Polley, où environ 25 milliards de litres de déchets miniers ont été déversés dans des cours d’eau auparavant intacts. Le 4 août 2014, la rupture du bassin de résidus a libéré des boues toxiques contenant du cuivre et de l’or dans le lac Polley, le ruisseau Hazeltine et le lac Quesnel, dans ce qui est considéré comme l’un des pires accidents miniers de l’histoire du Canada.


Comme on le sait bien, l’économie de la Colombie-Britannique repose largement sur l’industrie forestière, qui représente 24 % des exportations totales de la province. Bien que les pratiques d’exploitation forestière aient diminué ces dernières années, la réglementation du secteur demeure insuffisante pour réduire les risques de feux de forêt.


Le BC Forest Practices Board a rapporté que « l’exploitation forestière se produit à un rythme onze fois plus élevé que les traitements de réduction des risques de feux de forêt », révélant un écart important entre les pratiques de l’industrie et les mesures de prévention des incendies, ce qui représente une menace majeure pour la sécurité des communautés et les écosystèmes à travers la province. Les feux de forêt qui ravagent la Colombie-Britannique sont le résultat cumulatif de décennies d’extraction industrielle et d’émissions; pour les combattre de manière significative, il faut s’attaquer aux intérêts économiques qui continuent de les alimenter.


La déforestation des forêts anciennes se poursuit alors qu’il reste moins de 3 % des écosystèmes les plus productifs composés de grands arbres. Depuis la publication en 2020 du rapport A New Future for Old Forests, les groupes de défense dénoncent le manque de progrès de la province quant à la mise en œuvre des 14 recommandations du rapport, soutenant que le gouvernement échoue délibérément à réformer les pratiques de gestion de ces paysages écologiquement essentiels.


Après avoir été témoin de la destruction environnementale causée par les feux de forêt, j’ai été envahi·e par la colère, la tristesse, l’anxiété et le choc. Je ne m’étais jamais senti·e autant poussé·e à agir, tout en ressentant en même temps un profond sentiment d’impuissance et d’incertitude quant à la manière de m’engager. Comment fait-on le deuil d’une forêt détruite par les changements climatiques, des êtres vivants et des communautés qui l’habitent, et comment compose-t-on avec cette immense déception envers l’humanité?


J’ai commencé par revenir à ce qui m’ancre. Passer du temps de façon intentionnelle sur les territoires que j’aime, avoir des conversations honnêtes avec ma communauté et approfondir ma pratique du yoga. Grâce à ces pratiques et à cette prise de conscience, je me suis senti·e plus enraciné·e, plus fort·e et davantage connecté·e à mon implication dans le mouvement climatique.


J’ai aussi pris le temps de définir mes capacités d’action climatique en comprenant ce que je pouvais apporter et en étant honnête quant à mes forces et mes limites. Cela signifiait reconnaître qu’une action climatique efficace ne nécessite pas de tout faire, mais plutôt de faire quelque chose de manière durable et réfléchie. Le livre Generation Dread: Finding Purpose in an Age of Climate Action de Britt Wray m’a aidé·e à repenser mon écoanxiété et mon chagrin climatique, en m’aidant à reconnaître mes limites, à miser sur mes forces et à transformer mon anxiété en action porteuse de sens.


À l’hiver 2023, j’ai commencé à faire du bénévolat dans un petit organisme communautaire qui offrait des cours de yoga gratuits aux deux semaines à la communauté montréalaise. En animant ces séances et en prenant conscience du poids écrasant d’un deuil climatique non résolu, je me suis demandé comment le yoga pouvait devenir un moyen de transformer la solastalgie en action climatique porteuse de pouvoir collectif.


Inspirée par cette réflexion, chaque pratique intégrait de manière holistique le travail respiratoire, le mouvement et la méditation, invitant les participant·es à se reconnecter à soi-même, à leurs intentions et à leur raison d’être. S’appuyant sur le principe yogique du seva — le service désintéressé — ces cours faisaient le lien entre le travail intérieur de guérison spirituelle et émotionnelle et la défense du climat, rappelant que prendre soin de soi et prendre soin de la Terre sont profondément liés.

Le chemin à suivre n’est pas exempt de douleur. Les forêts continueront de brûler, et les entreprises qui exploitent notre avenir collectif ne céderont pas facilement. J’ai appris que le désespoir et la détermination ne sont pas des opposés, mais des compagnons qui doivent être traversés avec compassion pour être transformés.


Si vous vivez de l’écoanxiété, commencez par vous donner l’espace et la permission d’accueillir vos émotions. Écrire dans un journal, parler avec des personnes de confiance, passer du temps sur les territoires que vous aimez et explorer des ressources comme Generation Dread: Finding Purpose in an Age of Climate Action de Britt Wray peuvent vous aider à transformer votre douleur en sens et en action.


Une fois que vous vous sentez recentré·e et soutenu·e, prenez le temps de définir vos capacités et de réfléchir à ce que l’action climatique signifie pour vous, en fonction de vos forces, de votre situation et de ce que vous pouvez réellement maintenir dans le temps.


À partir de là, laissez vos pratiques personnelles d’ancrage devenir la base de votre engagement. Un système nerveux régulé permet de prendre des décisions éclairées, de soutenir des engagements à long terme et de mieux prendre soin des autres — vous guidant ainsi vers une action climatique enracinée dans le sens plutôt que motivée par la panique.


Même si la tension entre le deuil et le pouvoir d’agir n’est pas un endroit confortable, c’est un espace honnête qui nourrit la résilience, la communauté et la pression systémique qu’exige une action climatique véritablement porteuse de changement.


Sources:

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