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Première conférence internationale sur la sortie des énergies fossiles : le monde avance, le Canada à la traîne

  • 14 hours ago
  • 4 min read

Par Elisabeth Fournier, Coordinatrice des Dialogues pour le climat et de l'engagement international, le Projet de la réalité climatique Canada


Entre tensions géopolitiques, volatilité des prix de l’énergie et urgence climatique, le système énergétique mondial est à un point de bascule. Du 24 au 29 avril, la conférence de Santa Marta en Colombie réunira près d’une cinquantaine de pays, dont plusieurs producteurs comme le Canada, dans le but de passer des engagements à des actions concrètes pour sortir des énergies fossiles.



La première Conférence internationale sur la sortie des énergies fossiles se tiendra à Santa Marta, en Colombie, du 24 au 29 avril.


A consensus under pressure, action still limited

Depuis plusieurs années, la communauté internationale converge vers une reconnaissance commune de la nécessité de sortir des énergies fossiles, notamment dans le cadre des fameuses Conférences des Parties (COP) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Une première étape a été franchie à la COP26 en 2023, avec l’adoption d’engagements visant à réduire l’utilisation du charbon et à éliminer progressivement les subventions inefficaces aux énergies fossiles. Cette dynamique s’est poursuivie à la COP28, où les pays ont conclu un accord historique sur la nécessité d’une transition hors de toutes les énergies fossiles, en s’appuyant sur les données scientifiques.


Cependant, des écarts importants demeurent.


Malgré ces avancées, les progrès demeurent fragiles et inégaux, et la mise en œuvre concrète de cette transition reste limitée. Lors des dernières COP, les négociations ont peiné à produire une feuille de route claire et opérationnelle pour la sortie des énergies fossiles, mettant en lumière la complexité politique et économique de cet enjeu.


Dans ce contexte, de nouvelles formes de coopération émergent. Certains pays choisissent d’avancer ensemble, de manière plus ciblée, au sein de « coalitions de volontaires », afin de faire progresser des enjeux là où le consensus global demeure difficile à atteindre.


Le président de la COP30 au Brésil en novembre dernier, André Corrêa do Lago, a d’ailleurs indiqué que les résultats de la conférence de Santa Marta devraient contribuer à l’élaboration d’une feuille de route mondiale sur la sortie des énergies fossiles, attendue à la COP31 en Turquie, en novembre prochain, ouvrant la voie à une phase davantage centrée sur la mise en œuvre.


Passer des engagements à la mise en œuvre

La conférence de Santa Marta s’inscrit précisément dans cette volonté de passer à une phase plus concrète. Elle prolonge les processus multilatéraux des COP, tout en s’intégrant à un écosystème plus large d’initiatives internationales, telles que la Beyond Oil and Gas Alliance (BOGA) — co-présidée par le Québec —, le Traité de non-prolifération fossile (TNPF), entre autres, qui contribuent à faire avancer la transition.


L’objectif n’est plus d’ajouter de nouvelles promesses, mais d’identifier des solutions concrètes et applicables. Le processus repose sur des contributions écrites soumises par des pays, des gouvernements infranationaux et des organisations de la société civile, ainsi que sur une série de dialogues avec ces acteurs. Il doit culminer lors d’un segment de haut niveau de deux jours, accompagné d’un document final de la conférence et d’un rapport de synthèse des co-organisateurs, la Colombie et les Pays-Bas.


Les discussions s’articuleront autour de trois axes : réduire la dépendance économique aux énergies fossiles, transformer les systèmes énergétiques du côté de l’offre et de la demande, et renforcer la coopération internationale.

Autrement dit, il s’agit désormais de traduire les engagements en actions concrètes.


Un contexte mondial instable, une transition déjà en marche

La conférence se tient dans un contexte de fortes tensions géopolitiques et économiques. La guerre en Iran, en perturbant des routes d’approvisionnement majeures et en faisant grimper les prix de l’énergie, rappelle à quel point la dépendance aux énergies fossiles expose les économies à des chocs rapides et coûteux.


Dans ce contexte, les appels à augmenter la production d’énergies fossiles refont surface, souvent au nom de la sécurité énergétique ou du coût de la vie. Pourtant, cette réponse est de plus en plus remise en question. Les pays moins dépendants des énergies fossiles sont généralement mieux protégés contre la volatilité des marchés. À moyen et long terme, des analyses du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et de l’Agence internationale de l’énergie montrent également que la transition vers des énergies propres peut réduire les coûts liés aux chocs énergétiques et aux impacts climatiques.


La transition est d’ailleurs déjà en cours. Les investissements dans les énergies renouvelables augmentent, les technologies évoluent et les politiques publiques s’adaptent progressivement à travers le monde. La conférence de Santa Marta vise justement à mieux structurer cette transition, en alignant politiques, financements et coopération internationale, tout en portant une attention particulière aux travailleurs et aux communautés concernées.


Une mobilisation croissante, un Canada à contre-courant

La conférence de Santa Marta ne se déroule pas en vase clos. Elle s’inscrit dans une mobilisation croissante de la société civile, y compris au Canada, où plus de 120 organisations ont récemment interpellé le gouvernement fédéral pour qu’il joue un rôle actif et crédible dans ce processus. Le Québec sera également présent, notamment par la voix de son émissaire aux changements climatiques, Jean Lemire.


Cette présence compte. Elle permet de maintenir une pression essentielle sur les enjeux de justice, d’équité et de responsabilité, souvent relégués au second plan dans les décisions énergétiques.


Mais pour le Canada, le contexte est plus préoccupant. Malgré des engagements climatiques ambitieux sur la scène internationale, les politiques récentes et les signaux envoyés pointent vers une expansion des énergies fossiles. Ce décalage soulève des questions sur la cohérence de l’action climatique canadienne, à un moment où d’autres économies accélèrent leur transition.


Dans ce contexte, la participation à Santa Marta ne peut être dissociée de ces tensions. Elle met en lumière un choix de trajectoire : s’inscrire pleinement dans une transition déjà en cours à l’échelle mondiale, ou continuer à s’en éloigner.


Structurer la suite

La conférence de Santa Marta ne constitue qu’une première étape. Avec un format concentré et un calendrier serré, elle vise avant tout à lancer une dynamique et à structurer les prochaines étapes. D’autres rencontres sont déjà prévues, dont une conférence de suivi au Tuvalu en 2027.


Son impact dépendra de la capacité des acteurs à prolonger ces échanges, à traduire les discussions en actions concrètes et à les articuler avec les initiatives déjà en place. Dans ce basculement se joue une question centrale, qui n’est plus de savoir si cette transformation aura lieu, mais à quelle vitesse et dans quelles conditions.

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